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Les odeurs auraient une influence sur l’attention portée aux aliments, et ce de manière différente en cas d’obésité

Des chercheurs du Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation ont réalisé une expérience montrant que les individus obèses pourraient être influencés dans leurs choix alimentaires par des stimuli non consciemment perçus, comme des odeurs.

Choix aliment gras sucré
Mis à jour le 08/10/2019
Publié le 07/10/2019

Des chercheurs du CSGA (Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation) ont étudié, chez des adultes de différentes corpulences, comment les odeurs alimentaires influencent l’attention portée à des images d’aliments. Ils ont d’abord observé que tous les individus, quel que soit leur poids, sont plus attirés par les images d’aliments (surtout s’ils sont caloriques), que par d’autres types d’images. Ils ont ensuite montré que lorsque ces mêmes individus sont soumis à différentes odeurs de façon non consciente, les individus de poids normal et les individus obèses n’ont pas le même comportement. Chez les individus de poids normal, ce sont des odeurs de fruits qui attirent le plus l’attention envers les images d’aliments, tandis que chez les individus obèses, ce sont des odeurs d’aliments gras-sucrés qui renforcent cette attention vers des images d’aliments caloriques.

La notion de biais attentionnel

Un biais attentionnel est la tendance d’un individu à orienter automatiquement son attention vers un type particulier de stimuli.  Par exemple, un individu orientera plus rapidement son attention pour une image représentant un aliment que pour une image représentant un objet. Selon certains auteurs, il existerait des biais attentionnels différents selon le statut pondéral des individus. D’après des études antérieures, ces différences pourraient être liées à des facteurs cognitifs. C’est pour explorer cette hypothèse que les chercheurs du GSCA ont réalisé une expérience d’exploration visuelle en présence d’odeurs.

Tous les individus sont attirés par les images d’aliments

34 adultes normo-pondéraux, 27 adultes en surpoids et 24 adultes obèses ont participé à une expérience d’exploration visuelle, dans laquelle trois catégories de paires d’images apparaissent sur un écran : des images alimentaires à haute densité énergétique (par exemple un gâteau) appariées à des images neutres (par exemple une boîte de mouchoirs), des images d’aliments à faible densité énergétique (par exemple un fruit) appariées à des images neutres et des images à haute densité énergétique appariées à des images à faible densité énergétique. Les couleurs et les contrastes des images sont parfaitement contrôlés. Après chaque présentation d’images, une des images disparaît et est remplacée par un point. Les participants doivent indiquer le plus rapidement possible la localisation du point : à droite ou gauche. La rapidité à détecter le point est significative du degré d’attention accordé à l’image. Les chercheurs ont observé que tous les participants étaient plus rapides à détecter le point lorsque celui-ci remplace une image alimentaire que s’il remplace une image neutre. Ceci indique un biais attentionnel pour les images d’aliments. Ce biais est encore renforcé pour les aliments à haute densité énergétique.

A : image alimentaire appariée à une image neutreB : un point remplace l’une des imagesLes temps de réaction des participants sont plus courts pour détecter le point lorsque celui-ci remplace une image alimentaire, traduisant ainsi un biais attentionnel envers l’aliment. © Inra
A : image alimentaire appariée à une image neutreB : un point remplace l’une des imagesLes temps de réaction des participants sont plus courts pour détecter le point lorsque celui-ci remplace une image alimentaire, traduisant ainsi un biais attentionnel envers l’aliment © Inra

Influence des odeurs

En réalisant cette tâche, les participants reçoivent en plus un stimulus olfactif via un dispositif d’odorisation des mousses d’un micro-casque récemment développé au laboratoire. Ils réalisent le test en étant soumis successivement à une odeur fruitée, une odeur grasse-sucrée, puis pas d’odeur du tout. Dans une première session, dite « implicite », cette stimulation est non consciemment perçue. Dans une deuxième session, dite « explicite », quinze jours plus tard, les participants sont informés de l'odorisation des mousses des micro-casques.

Dans la session implicite, il apparaît une différence entre les individus de poids normal et les individus obèses. Les premiers ont une attention envers les images alimentaires renforcées par l’odeur de fruit, alors que pour les individus obèses, c’est l’odeur de gras-sucré qui renforce le biais attentionnel. Concernant les individus en surpoids, aucune significativité n’est apparue. Une variabilité de profils psychologiques au sein de ce sous-groupe pourrait expliquer ce résultat. Cette influence des odeurs disparaît dans la session explicite lorsque les individus sont informés de la présence de l’odeur.

Cette étude appuie l’hypothèse que le choix alimentaire des individus peut être influencé par des stimuli non consciemment perçus, comme des odeurs. De plus, les obèses pourraient posséder une vulnérabilité cognitive particulière qui les conduirait à des choix alimentaires de moins bonne qualité nutritionnelle, dans des situations de prise de décision automatique. Des analyses complémentaires (questionnaires d’impulsivité, de comportement alimentaire, de qualité de vie, etc…) viendront compléter ces données quantitatives.

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Le projet ImplicEAT

Ce travail est réalisé dans le cadre du projet « ImplicEAT » financé par l’ANR ((ANR-17-CE21-0001) dans la catégorie « Jeunes chercheurs » : Le projet IMPLICEAT vise à étudier l’importance des facteurs implicites dans le comportement alimentaire et à mesurer comment les mécanismes de prise de décision alimentaire diffèrent entre des adultes normo-pondéraux, en surpoids et obèses.L'hypothèse centrale est que la cognition et le comportement alimentaire des individus, en particulier les choix alimentaires, ne sont pas seulement influencés par la perception consciente de signaux sensoriels mais aussi par l'exposition non consciente / non attentive à ces signaux.

Référence

Mas, M., Brindisi, M.-C., Chabanet, C., Nicklaus, S., Chambaron, S. (2019). Weight Status and Attentional Biases Toward Foods: Impact of Implicit Olfactory Priming. Frontiers in Psychology. Volume 10:1789. 10.3389/fpsyg.2019.01789