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VERRERIE  de  LABORATOIRE . © NICOLAS Bertrand

Exposition aux contaminants

Quelle est l’exposition alimentaire des consommateurs Français aux principaux dangers chimiques ?

La connaissance de la contamination des aliments est un élément majeur de la sécurité sanitaire, qui permet d’évaluer les risques pour la population et d’éclairer les prises de décision pour les gestionnaires. Le LABERCA, unité sous contrat de l'INRA, a participé à l’établissement d’une photographie des niveaux des principaux résidus et contaminants chimiques dans un vaste ensemble d’aliments tels que consommés, dans le cadre de la seconde étude de l'alimentation totale (EAT2) coordonnée par l’ANSES.

Publié le 17/06/2013
Mots-clés :

En France, la surveillance de la contamination des aliments est régulièrement assurée dans un cadre réglementaire au travers de plans de contrôle et de plans de surveillance, pilotés par les ministères compétents. Cette connaissance peut être complétée et renforcée par des études de l’alimentation totale (EAT). Ces études s’appuient sur une méthode standardisée, recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Parallèlement à ses activités de Laboratoire National de Référence pour le contrôle réglementaire des denrées d’origines animales, le LABERCA a participé à l’établissement d’une photographie des niveaux des principaux résidus et contaminants chimiques dans un vaste ensemble d’aliments tels que consommés, dans le cadre de l’EAT2 coordonnée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES)

Les dioxines (PCDD/PCDF), les polychlorobiphényles (PCB), les retardateurs de flamme de type poly-bromodiphénylethers (PBDE), polybromobiphényles (PBB), et  hexabromocyclododécane (HBCD), ainsi que les contaminants perfluorés (PFAS), ont ainsi été recherchés, et le cas échéant quantifiés, dans plusieurs centaines de denrées alimentaires. La sélection de ces denrées a été réalisée en s’appuyant sur les données de consommations alimentaires de l’étude INCA2, qui décrit les habitudes alimentaires des adultes et des enfants de plus de 3 ans en France.

S’agissant des dioxines et des PCB, ces polluants organiques persistants ont été détectés dans 86% des échantillons analysés. Les résultats montrent une réduction importante des expositions aux dioxines et PCB de la population française (environ d’un facteur 4) par rapport aux précédentes évaluations (2005/2007), s’appuyant sur des résultats des plans de surveillance et de contrôle des administrations (aliments bruts, non préparés). Cette tendance est cohérente avec la diminution des contaminations à la fois alimentaires et environnementales observées en Europe et dans le monde, et traduit certainement l’efficacité des mesures de gestion européennes et nationales en matière de réduction des émissions. Une proportion de consommateurs faible mais significative (< 5%) présente toutefois des valeurs d’exposition qui dépassent les valeurs toxicologiques de référence (VTR). Il convient donc de poursuivre les efforts afin de réduire les expositions aux dioxines et PCB. S’agissant des retardateurs de flamme polybromés, l’HBCD a été détecté dans 49% des échantillons analysés. L’exposition estimée dans cette étude n’a pu être interprétée et n’a de valeur qu’indicative, en l’absence de données permettant d’établir une VTR pour l’HBCD. Il n’est donc pas possible, à l’heure actuelle, de conclure quant au risque lié à ce composé, et il convient de mener des études toxicologiques à long terme par voie orale afin d’établir une VTR. Trois congénères PBB ont été détectés dans 8% des échantillons. Les niveaux d’exposition estimés aux PBB permettent d’écarter le risque lié à l’exposition alimentaire. Enfin, huit congénères PBDE ont été détectés dans 76% des échantillons. L’exposition de la population aux PBDE apparait 12 à 15 fois plus basse que l’estimation faite en 2006 pour la population générale, sur la base des données de consommation de l’étude INCA1 et de données de contamination françaises et internationales. Le risque lié à l’exposition aux PBDE peut être écarté pour la population générale. Néanmoins, il convient de poursuivre les recherches sur la toxicité de ces composés. S’agissant enfin des PFAS, quatorze composés ont fait l’objet d’une évaluation, et ont été détectés dans 0 à 9% des échantillons, selon le congénère considéré. Sur la base des VTR disponibles, le risque lié à l’exposition au PFOA et au PFOS peut être écarté pour la population générale. Il convient néanmoins de poursuivre les recherches sur la toxicité de ces composés, en particulier sur leur potentiel cancérogène et perturbateur endocrinien. Il convient de mener les études toxicologiques ad hoc à long terme par voie orale pour les autres composés perfluorés, permettant l’établissement de VTR.

Faisant suite à cette large étude visant à caractériser l’exposition alimentaire du consommateur français adulte vis-à-vis d’un spectre large de dangers chimiques, le LABERCA contribuera également à la génération de données d’exposition dans le cadre d’une seconde étude nationale coordonnée par l’ANSES, et ciblant plus spécifiquement l’alimentation infantile. Les dioxines, les retardateurs de flamme bromés, les polychlorobiphényles, les contaminants perfluorés, mais aussi les phytoestrogènes ou encore les hormones stéroïdes, seront ainsi caractérisés dans plusieurs centaines de denrées alimentaires. Cette photographie originale fournira pour la première fois en France des données d’exposition pour cette population réputée sensible vis-à-vis des dangers chimiques contaminant nos aliments.

Couverture du rapport de l'ANSES sur l'alimentation totale française 2. © Inra

En savoir plus

Voir le rapport de l'ANSES  : Etude de l'alimentation totale française 2