Hors d'oeuvres : salades et charcuteries. © CAIN Anne-Hélène

Contrôle de la prise alimentaire

Conséquences de la perception orale et/ou viscérale du sucre sur le comportement alimentaire et le métabolisme cérébral

La part croissante de sucre dans notre alimentation et les conséquences délétères qui en découlent pour la santé justifient de s’interroger sur la manière dont les perceptions du sucre influencent les comportements alimentaires et les processus cérébraux. A travers une série de trois études complémentaires menées sur des porcs juvéniles, nous avons voulu explorer le rôle renforçateur de différents composés sucrés et/ou caloriques dans la mise en place d’une préférence conditionnée, le rôle respectif des stimulations sucrées orales et/ou viscérales dans les phénomènes de préférences et de motivation alimentaires, et enfin la manière dont le sucre perçu en bouche et/ou au niveau intestinal active les zones cérébrales impliquées dans le plaisir et la motivation alimentaire.

Publié le 07/06/2013

Après une première étude1 démontrant que le saccharose (sucré et calorique) détient un pouvoir renforçateur plus important que la saccharine ou la maltodextrine (n’apportant respectivement que le goût sucré ou les calories), nous sommes parvenus à montrer que la combinaison des perceptions viscérales et orales du saccharose possède un effet synergique sur la mise en place d’une préférence pour une boisson2. En revanche, lorsque des sujets à jeun sont soumis à un test de motivation alimentaire couplé à une infusion de saccharose au niveau duodénal, les réponses ne varient pas selon que l’aliment proposé est lui-même sucré ou non, ce qui implique que les réponses motivationnelles sont dans ce contexte guidées plus par la faim que par des facteurs hédoniques3. Malgré cela, nous sommes parvenus à détecter une activation des zones cérébrales impliquées dans l’évaluation hédonique et la motivation alimentaire (e.g. cortex préfrontal et striatum dorsal) uniquement lorsque les sphères orales et viscérales sont stimulées avec du sucre de manière simultanée, contrairement aux conditions contrôles où le sucre n’était infusé qu’au niveau de la langue ou du duodénum, voire totalement absent3. L’ensemble de ces résultats montre que les facteurs hédoniques et homéostatiques liés à l’ingestion de sucre interagissent étroitement pour moduler les comportements alimentaires, et que la perception d’informations congruentes en provenance des sphères orale et viscérale active davantage le circuit de la récompense, même dans des conditions expérimentales ne permettant pas de détecter des différences comportementales.

Les résultats de la dernière expérience nécessitent d’être répliqués dans des conditions où les sujets ne sont pas à jeun, afin de s’affranchir des impératifs homéostatiques liés à la faim, et de démontrer que la perception multisensorielle du sucré peut potentialiser la motivation à s’alimenter tout comme elle peut potentialiser l’activité cérébrale liée aux processus hédoniques. Ces travaux permettront notamment de mieux comprendre la manière dont les préférences exacerbées, voire les addictions au sucre, se mettent en place chez le jeune.

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Références bibliographiques :

  1. Clouard, C., Chataignier, M., Meunier-Salaün, M.C., Val-Laillet, D. 2012. Flavour preference acquired via a beverage-induced conditioning and its transposition to solid food: sucrose but not maltodextrin or saccharin induced significant flavour preferences in pigs.Applied Animal Behaviour Science,136(1), 26-36.
  2. Clouard, C., Loison, F., Meunier-Salaün, M.C., Val-Laillet, D. Sucrose-induced flavour preference in pigs: Comparison of gustatory and/or caloric reinforcement. Submitted toPhysiology & Behavior.
  3. Clouard, C., Meunier-Salaün, M.C., Malbert, C.H., Val-Laillet, D. Intestinal and oral sucrose stimulations induce different brain responses in pigs. To be submitted to Chemical Senses.