Sujet âgé en train de manger. © Inra

Alimentation et vieillissement

Nutrition lipidique et prévention de l'ostéoporose sénile

Dans le cadre de la recherche de nouvelles stratégies de prévention nutritionnelle de l’ostéoporose, nous avons étudié la contribution de l’alimentation lipidique au maintien du capital osseux au cours du vieillissement. En s’appuyant sur un modèle de progéria (sénescence accélérée), nous avons démontré le potentiel de l’huile de bourrache et de l’huile de poisson (riche en omégas 3) qui, non seulement préservent, mais restaurent la masse osseuse à un niveau équivalent à celui d’animaux plus jeunes. A l’inverse, l’huile de tournesol est délétère. La modulation de la qualité des matières grasses pourrait ainsi constituer une stratégie innovante d’optimisation de la santé osseuse.

Mis à jour le 28/06/2013
Publié le 07/06/2013
Mots-clés :

Les matières grasses occupent une place importante dans les régimes occidentaux. Le déséquilibre qualitatif entre les grandes familles d’acides gras qu’elles véhiculent a pourtant des effets délétères connus sur l’organisme (notamment au niveau musculaire où une résistance à l’insuline peut être induite) et contribue probablement au processus de perte osseuse. Cependant, les relations entre les acides gras et les dysfonctionnements de l'appareil locomoteur de la population âgée restent peu étudiées et sont controversées.  Une étude a donc été initiée, afin d’analyser l’impact de la qualité des acides gras sur l’évolution du capital osseux, au cours du vieillissement, et de comprendre les mécanismes impliqués. La souche de souris SAMP8 a été choisie comme modèle de progéria (vieillissement accéléré), en comparaison de la souche témoin SAMR1 (vieillissement normal). Au sevrage (à l’âge de 2 mois), les souris ont été soumises à l’un des régimes suivants (distribués à volonté pendant 12 mois) : (1) standard - (2) " huile de tournesol" (ratio élevé ω6/ω3, donc plutôt défavorable) - (3) "huile de bourrache" (haute teneur en acide γ-linolénique) - (4) «huile de poisson» (riche en ω3 à longue chaîne, donc potentiellement protectrice au moins sur le plan cardiovasculaire).
Comme attendu, le modèle de progéria a développé une ostéoporose sénile qui peut, entre autres, s’expliquer par l’installation d’une inflammation chronique. L’huile de tournesol exacerbe ce phénomène de perte osseuse (mais ne modifie toutefois pas le statut osseux chez les animaux normaux). En revanche, la distribution d’huile de bourrache ou d’huile de poisson aux souris en vieillissement accéléré permet de préserver le capital osseux (maintien d’une densité minérale osseuse à un statut équivalent à celui des animaux témoins). Ceci s’explique par une correction des paramètres inflammatoires.

Effets des régimes alimentaires sur la densité minérale osseuse. © Inra
Effets des régimes alimentaires sur la densité minérale osseuse © Inra

Effet alimentaires sur la densité minérale osseuse (les colonnes qui partagent les mêmes lettres des différents régimes sont statistiquement identiques) 

Il s’agit d’un résultat particulièrement innovant et intéressant qui met en exergue le bénéfice potentiel de certaines matières grasses (grâce à la qualité de leurs acides gras) pour le développement de nouvelles stratégies de prévention des dysfonctionnements osseux liés à l’âge.